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Pascal Simoens, architecte urbaniste, administrateur-Délégué et coauteur du projet de Schéma de structure

Vous qui n’êtes pas carolo et qui analysez des villes aux quatre coins de l’Europe, qu’est ce qui vous a surpris à Charleroi?

Quand on pense à Charleroi, on a souvent l’image d’une ville de seconde zone comparée à d’autres villes wallonnes. Mais quand on analyse les chiffres, il n’en est rien! En matière d’emploi comme en matière de dépôt de brevets par les entreprises par exemple, Charleroi représente plus de la moitié du Hainaut qui est elle-même la plus importante province wallonne. Je pense que le poids de Charleroi est considérable et qu’il s’agit bel et bien de la première ville francophone de Belgique.

On retient souvent de Charleroi la convivialité et la chaleur de ses habitants comment cela se marque-t-il concrètement?

Charleroi, c’est un peu comme chez les Ch’tits, on pleure quand on arrive et on pleure quand on s’en va… Plus sérieusement, ce qui est marquant, c’est que c’est un territoire brouillon, et les Carolos ont une vision peu claire de leur propre territoire. Par exemple, Charleroi est une ville très verte. Mais ce n’est pas du tout ce qui ressort si vous posez la question à un de ses habitants. La chaleur humaine, l’aspect méridional des Carolos peut se révéler une vraie force, un véritable atout, si l’on parvient à structurer le territoire et à mobiliser cette force autour d’un projet fort. Les Carolos ne sont pas conscients de leur potentiel. Charleroi est une ville adolescente. Il faut la structurer et y mettre de l’ordre, car il est temps qu’elle passe à l’âge adulte. Namur, Braine l’Alleud, … toutes les villes traversées par des enjeux pour le futur sont en train de déposer leurs schémas de structure. Avant elles, Mons et Verviers l’ont fait aussi et les premiers effets sont visibles. Charleroi ne peut pas rester à la traîne.

Comment imaginez-vous Charleroi dans vingt ans?

Je vois une ville dont le centre a retrouvé ses couleurs et qui rayonne sur l’ensemble de l’entité et bien au delà. Le renouveau de Charleroi passera par son centre. Il y a un coeur qui doit battre à nouveau, à l’unisson, et rayonner sur l’ensemble de la périphérie. Et ce coeur ne jouera réellement son rôle, que si on parvient à briser les frontières des anciennes communes. A créer de nouveaux quartiers de vie entre les anciens centres locaux. Un peu à l’image du quartier des Closières, qui est à cheval entre Marcinelle et Mont-sur-Marchienne et a développé son identité propre.

 

Mati Paryski, architecte urbaniste, administratrice de Cooparch, coauteur du schéma de structure

Dans quel contexte avez-vous découvert Charleroi?

J’ai participé à l’étude du schéma directeur de la Porte Ouest. Nous avions des délais très courts et j’ai le souvenir d’une véritable plongée dans l’univers carolo. Cela m’a permis de découvrir les difficultés de Charleroi, mais toujours sous l’angle de la recherche de potentiel, des ressources positives du territoire. Il y avait donc une suite logique avec le travail que nous avons fait plus tard concernant le schéma de structure.

Quels sont les éléments marquants que vous avez relevés?

J’ai découvert un territoire très meurtri, mais paradoxalement, c’est aussi ce qui lui donne énormément de potentiel. Au bout de ces longs mois d’étude, ma conclusion personnelle c’est que Charleroi, j’y crois!

Comment rêvez-vous Charleroi à l’horizon d’une vingtaine d’années?

Je rêve d’une ville qui aura réussi à conserver son potentiel de production, à travers le développement de produits innovants et utiles. Je rêve d’un territoire qui aura réussi sa mutation et qui peut devenir un réel exemple de mixité des fonctions, de mixité sociale et de mixité des usages.